Critiques et résumés de livres

Un éternel Treblinka

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Cet ouvrage est l’œuvre d’un Docteur en Histoire à l’Université Columbia de New York et c’est à ce titre qu’il nous raconte à travers l’histoire de l’humanité notre rapport avec les animaux, et au-delà de celui-ci avec les plus faibles ou ceux que l’on a opprimés (les esclaves, les noirs, les juifs, les femmes, les handicapés, etc.). Il a également écrit des ouvrages sur la shoah et sur le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis.

L’auteur défend la thèse selon laquelle l’oppression des animaux sert de modèle à toute forme d’oppression. Il rappelle le mot d’Adolf Hitler: « Celui qui ne possède pas le pouvoir perd le droit à la vie » et nous fait comprendre que le processus d’anéantissement de l’opprimé commence par sa « bestialisation » afin de rendre celui-ci possible.

Dans un style limpide, Charles Patterson décrit dans son premier chapitre l’histoire de la grande division entre l’humain et les autres animaux et l’émergence du concept « homme » pour quila force fait loi.

La domestication des animaux a commencé il y a environ 11.000 ans au Proche-Orient. Pour parvenir à ses fins et rendre les animaux plus dociles, l’homme utilise la castration.

L’auteur fait état de nombre de techniques cruelles utilisées encore de nos jours, y compris par les lapons et les touaregs par exemple et pas uniquement dans nos élevages industriels.

L’histoire de la domestication des animaux est associée à l’image de la voie de l’homme vers la civilisation. On l’associe rarement avec la cruauté des techniques employées pour y parvenir. A dater de cette époque, s’opère une transformation de la vision qu’ont les humains des animaux. Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, il existe un sentiment de parenté entre humains et animaux, reflété dans le totémisme et les mythes qui représentaient des animaux ou des créatures mi-animales, mi-humaines. Les animaux chassés vivaient libres du contrôle humain, jusqu’à ce qu’ils soient traqués et tués.Le principal mécanisme d’adaptation employé par les humains fut l’adoption d’une opinion: ils étaient distincts des autres animaux car ils étaient moralement supérieurs à eux.Les relations des humains avec les autres êtres devinrent ce qu’elles sont aujourd’hui: domination, contrôle et manipulation.

D’après certains anthropologues, l’invention de l’élevage et de l’agriculture aurait entraîné une approche interventionniste dans la vie politique. Dans les sociétés, comme en Polynésie, où l’on vit de cultures de légumes et autres denrées qui nécessitent peu d’intervention les gens croient que la nature doit être laissée à sa propre évolution et qu’on devrait leur faire confiance à eux aussi pour mener leur vie, avec un contrôle minimum venant d’en haut.Il y aurait un parallélisme entre la domestication et la mentalité sociale et politique qui produirait une attitude plus autoritaire.La domestication animale serait le modèle de l’asservissement des êtres humains.

On voit ensuite que l’on utilise dans un second temps la castration et le marquage au fer rouge pour les esclaves.

Lorsque les religions émergent des civilisations en Grèce antique, en Mésopotamie, en Inde et en Chine, l’exploitation des animaux captifs est déjà fermement établie et celles-ci sanctifient la notion que le monde a été créé pour l’espèce humaine. Patterson poursuit sont travail d’historien en détaillant avec une grande clarté la vision qu’ont les différentes grandes religions de la relation de l’homme avec les animaux à travers les siècles.

Chez certains philosophes comme Platon, on rencontre l’idée d’une grande chaîne des êtres vivants dont nous faisons tous partie qui suppose une organisation hiérarchique vue comme le reflet de l’ordre parfait de l’univers selon Dieu.

Cette grande chaîne des êtres pouvait expliquer pourquoi certaines classes sociales étaient par nature subordonnées à d’autres dans une société où chaque classe avait une place déterminée par le divin.

On lit avec indignation (et avec notre regard du 21ème siècle !) les descriptions de la façon dont on considère les esclaves, que Thomas d’Aquin appelait « les instruments de service animés ». On pensait qu’ils tombaient sous la condition de l’animalité même.

Au début de l’ère moderne, l’idée de l’homme au sommet de la création était le point de vue dominant.

La doctrine de Descartes et surtout de ses successeurs considère les animaux comme de simples machines ou automates totalement incapables de raisonner.Il y a une rupture absolue entre l’homme et le reste de la nature.Comme le souligne Patterson: « Une opinion négative des animaux permettait aux gens de projeter sur eux des caractéristiques qu’ils n’aimaient pas en euxmêmes et les aidaient à se définir en s’opposant au comportement animal grâce à ce qui est prétendument distinct et admirable dans le comportement humain » La grande séparation justifie la chasse, l’ingestion de viande, l’expérimentation animale et toutes ces sortes de cruautés infligées aux bêtes.

La grande division entre humains et animaux fournit une norme (ensemble de qualités qui définissent l’humain) en fonction de laquelle juger les autres.Cette conception hiérarchique, fondée sur l’asservissement et la domestication des animaux, élaborée il y a 11.000 ans, couvrit et encouragea l’oppression de ceux qui étaient considérés comme des animaux ou comparables à des animaux et qui mena à des idéologies comme le nazisme et le colonialisme.La domestication des animaux a fourni le modèle et l’inspiration de l’esclavage et des gouvernements tyranniques. Elle a posé les bases de la pensée hiérarchique occidentale et des théories raciales et américaines.

Comme le rappelle Patterson; au début du 19ème siècle, les scientifiques européens construisaient diverses théories sur l’inégalité humaine en se fondant sur la race, le sexe et la classe, qui plaçaient le mâle européen blanc au-dessus des non-européens, des femmes, des juifs et au bas de l’échelle des africains. Il ressort une évidence de la supériorité de la race blanche pour la pensée scientifique occidentale.

Les premiers habitants d’Amérique furent rabaissés de la même manière que les noirs en prélude à leur extermination (lors de la conquête espagnole). L’auteur donne une série d’exemples de personnages dont les écrits sont édifiants sur leur façon de considérer les indiens. Entre autres Josiah Clarck NOTT, craniologue et coauteur du très populaire « Types of Mankind or Ethnological Research » (« Types humains ») en 1856 qui concluait de son étude de crânes humains que si les parties du crâne qui indiquaient l’intellect étaient bien développées chez les Caucasiens, les crânes indiens indiquaient une « forte propension animale ».

Et donc leur extermination devenait nécessaire afin d’éviter « la pollution que constituaient les échanges interraciaux ».Avilir l’ennemi en le comparant à un animal encourage à tuer et rend la chose plus facile.

Pendant la seconde guerre mondiale, on rabaisse les Japonais en les traitants « d’animaux, de reptiles ou d’insectes ».De même, les Japonais utilisaient eux aussi l’imagerie animale pour rabaisser les ennemis, en particulier les chinois.Patterson relate la manière dont les Japonais imposaient à leurs nouvelles recrues des exercices de « désensibilisation » en leur faisant tuer des civils. On leur disait: « vous ne devez pas considérer les chinois comme des êtres humains, mais plutôt comme quelque chose de valeur inférieure à un chien ou un chat ».Les images animales déshumanisent l’ennemi et facilitent sa destruction.C’est une façon de redéfinir l’ennemi pour pouvoir massacrer des innocents sans s’infliger une auto-condamnation.

S’ensuit moult exemples concernant l’avilissement des juifs. Martin LUTHER (1483-1546) n’est pas en reste à ce sujet en déclarant que « la mort était la solution finale au problème juif » !Traiter les juifs d’animaux était ce qui avait conduit à les tuer comme des animaux.L’historien met ensuite en parallèle la violence contre les animaux et la violence contre les gens dans deux pays industrialisés: Les Etats-Unis et l’Allemagne.

« Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense: ce ne sont que des animaux »

Theodor ADORNO

La 2ème partie de ce livre s’intéresse à la manière dont le massacre industrialisé des animaux et celui des personnes se sont entremêlés à l’époque moderne et comment l’eugénisme américain et les massacres à la chaîne ont traversé l’océan atlantique et trouvé un terrain fertile en Allemagne nazie.

Les colons européens amenèrent avec eux dans les Amériques leur pratique d’exploitation des animaux par le travail, l’alimentation, le vêtement et le transport.Les Européens étaient particulièrement carnivores en comparaison avec les peuples de l’Est qui mangeaient des légumes.La colonie hollandaise de la Nouvelle-Amsterdam devint au milieu du 17ème siècle la capitale de l’abattage en Amérique du Nord.Patterson décrit l’expansion phénoménale des abattoirs de ce qui allait devenir New York en 1664.De même, à Cincinnati qui devint au 19ème siècle le centre du commerce florissant du porc dans la région.La rudesse avec laquelle les Américains traitaient les animaux de ferme choquait les nouveaux émigrants européens.L’auteur décrit le processus d’abattage qui se transforme en véritable industrie.La construction des Union Stock Yards – regroupement d’entreprises de parcage de bêtes, d’abattoirs et d’entrepôts de viande dans les années 1860 – fit de Chicago la nouvelle capitale des « tueries » d’Amérique.

De l’ouverture des Union Stock Yards jusqu’en 1900, le nombre total d’animaux abattus atteignit 400 million de têtes. Ce chiffre est une goutte d’eau comparé à ce qui se fait maintenant.De nos jours, les abattoirs américains tuent ce nombre d’animaux en moins de 2 semaines. »La Jungle », le livre d’Upton SINCLAIR, qui s’est documenté sur place parmi les ouvriers des USY, décrit les conditions de vie et de travail de ceux qui ont pour mission l’abattage de ces pauvres victimes.« …même la personne la plus terre à terre ne pouvait éviter de penser aux cochons si innocents, qui venaient en toute confiance; et ils étaient si humains dans leurs protestations et tellement dans leur droit ! De temps à autre, un visiteur pleure, mais cette machine à tuer continue, visiteurs ou pas. « 

Grâce à ces descriptions, on peut se rendre compte de ce que l’industrie de la viande fait subir non seulement aux animaux mais également à ses ouvriers.Dans les années 1990, l’artiste peintre engagée Sue COE passa 6 ans à visiter des abattoirs dans tout le pays. En est sorti un livre: « Dead Meat » composé de dessins et de descriptions sur les opérations  d’abattage de la petite entreprise familiale à l’usine géante de traitement de la viande.De sa visite dans un petit abattoir de Pennsylvanie, elle dit: « cet endroit est sale, crasseux même – des mouches volent partout. Les murs, le sol, tout, partout est couvert de sang. Le sang séché a formé une croûte sur les chaînes »Elle s’installe dans la salle d’abattage avec son carnet de croquis. A l’heure du déjeuner, elle reste seule: « on me laisse donc seule avec 6 corps décapités et pissant le sang. Les murs sont éclaboussés, et il y a déjà des gouttes sur mon carnet… »Ensuite après la pause, le travail reprend: « Dany se charge de trancher les gorges, de décapiter les bêtes et de laver les têtes, puis il coupe les sabots avant et fait entrer une autre vache? […] Elles se débattent comme des folles pendant que Dany leur tranche la gorge. »

Sue regarde le sang gicler « comme si tous les êtres vivants étaient des récipients mous qui n’attendaient que d’être percés »

Quand Sue Coe visita un grand abattoir de haute technologie dans l’Utah, elle trouva l’atmosphère très différente de celle des petits abattoirs. L’entreprise emploie 11.000 personnes et abat 1600 bêtes par jour.« C’est l’enfer de Dante, vapeur, bruit, sang, odeur et vitesse. Des jets d’eau lavent la viande, des machines géantes d’emballage sous vide scellent 22 morceaux de chair à la minute ». »La shoah ne cesse de me revenir à l’esprit, ce qui m’ennuie furieusement » écit Sue dans son livre, dont Patterson reproduit un extrait à la page 111. Au cours des dernières décennies du 20ème siècle, le rythme de la production de viande s’est accru de manière remarquable. Il y a eu une violente accélération de la vitesse des chaînes: aujourd’hui, la vitesse des convoyeurs dans les abattoirs permet de traiter 1100 animaux à l’heure, ce qui signifie qu’un seul ouvrier doit tuer un animal toutes les quelques secondes.

Etant donné l’idée principale défendue par Patterson d’établir un lien entre le traitement infligé aux animaux et celui réservé aux humains dans les camps nazis repris dans l’affirmation de Theodor Adorno (voir plus haut), il était logique qu’il réserve une partie de son 3ème chapitre à Henry FORD.

Celui-ci explique dans son autobiographie « Ma vie et mon œuvre » que c’est lors d’une visite dans un abattoir de Chicago, lorsqu’il a vu au plafond les rails que les bouchers utilisent pour découper la viande qu’il a eu l’idée de la chaîne de production.

Dans l’abattoir, les animaux abattus sont suspendus la tête en bas à une chaîne mouvante. Ils passent ainsi d’ouvrier en ouvrier qui exécute chacun une tâche particulière du processus.Cette façon de procéder a introduit quelque chose de tout-à-fait nouveau dans notre civilisation industrielle moderne: la répartition entre de nombreux acteurs de la responsabilité du geste de la mise à mort et par ce fait, comme dit Patterson: « la banalisation du geste qui tue et un niveau jamais atteint d’insensibilité ».Comme le démontrera le 20ème siècle, il ne restera plus qu’un pas à franchir du massacre industrialisé des abattoirs américains aux chaînes de meurtres collectifs de l’Allemagne nazie.

De l’abattoir à la Shoah

Henry Ford, qui était l’antisémite que l’on sait, s’est servi de sa méthode de chaîne pour la développer afin d’aider les nazis au massacre perpétré contre les personnes en Europe.L’auteur décrit de façon très documentée la campagne antisémite auquel se livra Ford (p 115 et suivantes) qui eut une forte influence sur Hitler, ses partisans et sur la pensée de la jeunesse allemande en général. Hitler n’avait pas hésité à accrocher un portrait de Ford au mur près de son bureau et se vantait souvent devant ses collaborateurs de son soutien financier.

Ford publia un recueil de brochures antisémites reprises sous le titre  » The International Jew » mais quand il s’aperçut que cette publication était susceptible d’avoir un effet défavorable sur la vente de ses automobiles, il accepta de la retirer. Il fut décoré en 1938 de la grande croix de l’ordre suprême de l’Aigle allemand, le plus grand honneur accordé par l’Allemagne nazie à un étranger.

L’eugénisme

L’idée d’améliorer les qualités héréditaires des populations (en faisant se reproduire les individus dont les qualités génétiques étaient jugées plus favorables et en faisant castrer et tuer les autres) mena à la stérilisation forcée aux Etats-Unis et à la stérilisation forcée, à l’euthanasie et au génocide en Allemagne nazie.

Patterson explique, dans un style très limpide, comment l’on est passé de l’élevage scientifique à l’étude de la génétique dans l’élevage animal et ensuite au mouvement eugéniste dont le but était la stérilisation et le contrôle de la reproduction de ceux qu’on jugeait comme un fardeau pour la société.

On a froid dans le dos en découvrant la politique eugéniste aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, soutenue par nombre de scientifiques et présidents d’universités; comment elle s’est exportée dans les cercles médicaux et scientifiques allemands et la terminologie employée pour désigner des êtres humains jugés « indignes de vie », « ballast humain », « humanité défectueuse », « coquilles vides d’êtres humains ». Ensuite, on connait les idées d’Adolf Hitler sur l’amélioration et la sauvegarde de la « race aryenne »…On estime que le nombre total d’Allemands stérilisés sous le régime nazi se situe entre 300 et 400.000 personnes. L’auteur prend l’exemple d’Heinrich Himmler, le chef des SS pour illustrer le lien entre les études sur l’élevage et l’eugénisme.

Celui-ci se forma à l’agriculture et étudia l’agronomie.Son intérêt pour la reproduction et l’abattage des poulets se transforme en intérêt pour la procréation et le meurtre des êtres humains (Fritz REDLICH, Hitler: Diagnosis of a Destructive Prophet, op.cit, p 107)

Son projet était de créer « une nouvelle souche pure en commençant par arracher celles non désirées« , tel un horticulteur.Après la guerre, un des officiers SS témoigna que le passé agricole de Himmler était bien à la base de son obsession pour la procréation raciale. L’exploitation animale – reproduction, sélection et abattage – a posé les jalons à chaque étape sur la voie menant au génocide. Patterson met en évidence que bon nombre des membres du personnel du « programme T4 » (programme d’euthanasie des handicapés) et ceux qui ont été envoyés en Pologne pour faire fonctionner les camps de la mort étaient issus du monde de l’élevage, « berceau de la pensée eugéniste allemande ».Pour lui, « l’expérience dans l’exploitation et le massacre des animaux s’avéra une excellente formation ». L’historien de la shoah qu’est Charles Patterson (il a écrit plusieurs ouvrages à ce sujet) nous montre de quelle façon les nazis ont traité leurs victimes comme des animaux avant de les assassiner, par exemple en les obligeant à se déshabiller et à se regrouper comme du bétail.

Il énonce ensuite, ce qui, à mon sens, est l’aspect fondamental de la condition de réussite du meurtre de masse qu’il soit perpétré sur des humains ou dans un abattoir. « En réduisant la nécessité de réfléchir et de prendre des décisions, la routine du massacre diminue les risques que les participants reconnaissent la dimension morale de leurs actes »C’est le principe de la chaîne dans les abattoirs et de la fonctionnarisation dans le système nazi.

A Treblinka ou dans tout autre camp de la mort comme dans les centres d’abattage, ceux qui arrivent faibles, malades ou blessés gênent l’efficacité du déroulement des opérations. On ne se donne souvent même plus la peine de les abattre mais on les laisse sur le côté, agonisants des jours durant.

En 1989, Becky SANSTEDT filma le supplice des animaux écroulés (c’est ainsi que l’on nomme les animaux qu’on laisse périr seuls) aux abattoirs de South St Paul, dans le Minnesota et rendit son document public ce qui poussa les abattoirs à adopter une nouvelle politique vis-à-vis de ces animaux.

Patterson nous fait remarquer à juste titre que les animaux qui sont consommés pour leur viande sont la plupart du temps des bébés.

C’est une réalité qui pose parfois problème aux ouvriers des abattoirs dont il relaie les commentaires émouvants car dans ce cas, les protections psychologiques nécessaires pour exercer ce métier tombent devant la vision de si jeunes animaux.L’auteur établit de nouveau un parallèle avec les membres des Einsatzgruppen qui avaient plus de mal à tuer les enfants que les hommes.Il est troublant de noter le lien étroit entre le fonctionnement de ces centres d’abattage et les camps de la mort. Les allemands faisaient parvenir aux abattoirs de Dresde des animaux de boucherie provenant des territoires occupés de l’Est.

Le trafic constant des wagons à bestiaux entre l’Allemagne et les territoires occupés permit de fournir la couverture nécessaire au transport discret des juifs jusqu’aux camps de la mort.« Manger des animaux était un des grands plaisirs des tueurs des camps »  souligne Patterson. C’est avec écoeurement que l’on lit quelques extraits des correspondances  que ceux-ci entretiennent avec leur famille au sujet de l’approvisionnement pléthorique des camps en viandes diverses.Il en va de même des quelques discussions que les dignitaires nazis eurent au sujet d’une politique eugéniste « plus humaine » ou comment massacrer des gens mais de façon « plus correcte », ainsi qu’en 1958 la loi votée par le congrès des Etats-Unis dite « l’Humane Slaugher Act » pour rendre « plus humain » l’abattage des animaux de ferme.

Mais que ce soit pour le massacre des animaux ou celui des humains, ce « souci d’humanité » ne sert qu’à dédouaner les bourreaux de leurs crimes. Patterson termine cette 2ème partie de son ouvrage par cette citation de l’historien de la Shoah Raul HILBERG« la dite « humanité » du processus de destruction était un important facteur de son succès. Cette « humanité » fut développée non au bénéfice des victimes bien sûr, mais pour le bien-être de leurs bourreaux »

Patterson consacre la dernière partie de son livre d’une part aux survivants de camps et aux membres de leur famille et d’autre part, aux allemands dont l’histoire personnelle est liée à la Shoah et dont l’attitude envers les animaux a été influencée par celle-ci.Il décrit les parcours de vie de militants liés à la Shoah qui ont consacré leur vie à aider les autres, humains ou animaux.

Il illustre cette idée par l’exemple de deux des principaux dirigeants du mouvement moderne pour le droit des animaux –

Peter SINGER et Henry SPIRA.

Le premier perdit trois de ses grands-parents dans les camps tandis que le second réussit à s’échapper avec sa famille après la Nuit de Cristal.La terreur nazie que Spira vécut enfant eut un impact durable sur lui, ce qui l’a poussé au militantisme. Mais c’est la rencontre avec Peter Singer lors de ses cours de philosophie qui l’amena à devenir végétarien.Singer, de son côté, est un philosophe connu internationalement dont l’ouvrage « la libération animale » a aidé le mouvement moderne pour le droit des animaux. Il est également professeur de bioéthique à Princeton et il assurait dans les années 70 un cours du soir pour adultes sur la libération animale fréquenté par Spira.

L’auteur mentionne également la journaliste Aviva CANTOR, sioniste, féministe et avocate de la cause animale. Elle a cofondé le magazine féministe juif « Lilith ».Depuis 1984, elle est vice-présidente à la communication pour l’organisation américaine de protection Concern for helping animals in Israël (CHAI- « aider les animaux en Israël »)Aviva Cantor émet une idée très intéressante et qui mérite d’être développée: elle pense que ce qui a rendu la shoah possible, c’est le fait que ce sont les valeurs patriarcales qui dominent notre société. Cette réflexion doit être méditée car tout notre système de valeur « masculiniste » glorifie la puissance et la domination, c’est-à-dire le principe qui veut que « le pouvoir donne tous les droits ».Elle partage cette idée avec Isaac Bashevis Singer (1904-1991), écrivain yiddish, lauréat du prix Nobel de littérature en 1978.

Nombre de membres de sa famille restés en Pologne furent tués durant la guerre tandis que Singer partit pour les Etats-Unis en 1935. Patterson consacre entièrement son 7ème chapitre à décrire la vie et les œuvres de Singer qui fut particulièrement sensible à la condition animale. La nouvelle de Singer intitulée « The Letter Writer » narre la vie de Herman Gombiner qui dispose chaque soir un peu de pain et de fromage et une coupelle d’eau à l’intention d’une souris qui vit chez lui. Malheureusement, il tombe malade et oublie de nourrir la petite bête.

Alors qu’il la croit morte, il murmure un éloge funèbre qui inspirera Patterson pour le titre de son ouvrage:
 » Tous ces érudits, tous ces philosophes, les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadés que l’homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création. Toutes les autres créatures n’auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis; pour les animaux, c’est un éternel Treblinka »

Quant au dernier chapitre, il donne la parole aux allemands qui ont dû se poser des questions sur ce que leur a laissé l’Allemagne nazie.L’auteur nous montre de beaux exemples de personnes qui sont, à la suite de leurs réflexions à ce sujet, devenus des militants ou fondateurs d’associations de défense des animaux.

Il est à noter que vous trouverez  à la suite de la bibliographie le répertoire des associations citées avec leurs coordonnées et leurs adresses e-mail.

« Le temps viendra où des hommes tels que moi considèreront le meurtre des animaux comme ils considèrent aujourd’hui le meurtre des hommes ».

                                                                                              Léonard de Vinci.

Cet article a été rédigé par Hubaut Emmanuelle

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