L'alimentation végétale en pratique

Les enfants et les légumes : on boude ou on adore ?

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Quand nos bouts de chou n’aiment pas les légumes… Alors que ces derniers constituent un des piliers indispensables d’une alimentation équilibrée, les parents peuvent ressentir un sentiment d’échec et d’impuissance face à la situation.

Pourquoi les enfants peuvent ne pas apprécier certains aliments ? Est-ce que le dégoût face au chou de Bruxelles est inévitable ? Comment faire manger les végétaux à nos enfants ?

Penchons-nous sur ces questions.

La diversification et la néophobie infantile : deux périodes cruciales pour lui faire aimer les légumes !
Le goût se construit au plus jeune âge – dès la naissance, où le bébé peut percevoir des saveurs différentes (fenouil, curry…) par le lait maternel, selon les repas de la maman.

Le lait (maternel ou végétal maternisé, rappelons-nous que le lait végétal non adapté aux enfants n’est pas une option) étant l’aliment exclusif du bébé, on peut commencer la diversification alimentaire à partir de 4-6 mois. Idéalement, les légumes seront introduits avant les fruits – afin que l’enfant s’habitue d’abord à un goût peu sucré et ne boude pas le haricot après avoir goûté de la banane !

Plus vous présenterez de variété à votre enfant, plus il aura facile à consommer divers légumes en grandissant. Au début, prenez des légumes faciles à digérer, de préférence saison et bio (carotte, courgette, haricot vert, potimarron…). Les champignons, radis, et autres légumes moins digestes seront au menu à partir de 6 mois et les légumes les plus fermentescibles (asperges, choux de Bruxelles, salsifis) à partir d’un an.
Introduisez un aliment à la fois, pendant quelques jours, avant de passer au suivant pour laisser votre bambin s’habituer au nouveau goût. La découverte se fera petit à petit !

néophobie_alimentaireIl est très important à ce moment-là de respecter le rythme de l’enfant, sans le forcer. S’il n’aime pas un légume, recommencez après quelques jours.
Ne forcez pas l’enfant à terminer un aliment qu’il n’aime pas. Cela renforcerait l’image négative autour de celui-ci. Le chantage (termine ton brocoli et tu auras ton dessert) ne marchera pas non plus : cela ne ferait que provoquer chez l’enfant la non-écoute de son corps et l’envie incontrôlable de desserts (ce qui, à l’âge adulte, pourrait se manifester sous forme de désordres alimentaires ou le surpoids).

La néophobie alimentaire ou le refus de manger un aliment commence vers l’âge de 5 ans en moyenne (avec une fourchette allant de 2 à 10 ans). Elle touche une majorité des enfants et consiste en une crainte de manger, pendant la période où l’enfant se rend compte de son autonomie face aux parents et au changement (d’environnement, de nouveaux apprentissages…).

Tous les aliments passeront donc à la loupe ! Cependant, les aliments auxquels l’enfant est déjà habitué sont généralement mieux acceptés que les touts nouveaux, d’où l’importance d’une diversification bien réalisée.

Que faire pendant cette période-là ? L’enfant aura tendance à bouder son repas, trier dans son assiette, voire recracher ou jeter un aliment en particulier. Pas de panique, la néophobie est une période qui va passer.

En attendant, ne forcez pas votre enfant et essayez de diminuer sa crainte face à son plat. Ainsi, vous pouvez lui faire choisir son légume ( piège : pas de « tu veux du brocoli ce soir ? » auquel s’ensuit le refus du légume dans l’assiette, mais un choix du type « tu préfères du brocoli ou du chou-fleur ce soir ? Le chou-fleur ? D’accord. Vapeur avec une sauce à tremper ou à la crème ? »). Ainsi, l’enfant se sentira impliqué et sentira une certaine autonomie face à son alimentation.
C’est également une bonne période pour faire découvrir le légume dans son entièreté : aller avec son enfant au marché, découvrir les variétés de légumes, inventer des histoires avec ces derniers, faire choisir le légume à manger le soir.

Puis cuisiner ensemble, mettre votre enfant à la pâte. Un légume soigneusement choisi et préparé avec sa maman ou son papa fait bien moins peur qu’un morceau inconnu dans son assiette !

Faites marcher votre imagination !

Un aliment doit être proposé plusieurs fois (au moins 10 à 15 fois !) pour être apprécié. Rusez en proposant différentes formes du légume : purée, vapeur, en gratin, en soupe et pourquoi pas en jus ? Familiarisez votre enfant avec le légume. Attention à ne pas varier les formes trop souvent au début, car toute nouvelle forme peut être perçue comme nouvel aliment, donc inconnu (d’où l’intérêt de cuisiner avec l’enfant pour qu’il voie le légume sous sa forme brute).

La présentation joue énormément : l’enfant mange avec ses yeux ! Un récipient attirant avec son personnage favori ou les dessins faits de légumes (smiley, mouton en chou-fleur, crocodile en concombre, découpe originale sous forme de bâtonnets ou d’étoiles…) pourraient se révéler bien plus attrayants.

En collation, un mix de légumes et d’aliment qui plaît à l’enfant (fruit, beurre de cacahuètes…) pourrait également augmenter la consommation du légume et favoriser la découverte. Une sauce à tremper, même simple (yaourt de soja et fines herbes) peuvent rendre le repas convivial et amusant. Gare aux tâches !
N’ayez pas peur de proposer un légume à votre jeune enfant : ne vous reposez pas sur les idées reçues. Les jeunes enfants acceptent bien une collation de 10h composée de légumes et ne boudent pas forcément les brocolis et autres endives !

Généralement, c’est l’environnement extérieur qui va finalement influencer le choix de manger un aliment ou non (en plus du goût/dégoût personnel). Si papa boude les épinards, les enfants ont une grande chance de ne pas en consommer non plus ! Les parents jouent un rôle primordial dans l’éducation alimentaire et doivent montrer le bon exemple en mangeant des légumes.

Évitez de donner des messages négatifs (un des parents qui grimace à la vue des champignons, dire que ce n’est pas bon, que si l’enfant n’aime pas ce n’est pas grave – alors que l’enfant n’a pas encore commencé !).

Au contraire, envoyez des messages positifs. Les atouts santé (teneur en calcium, en fer, en fibres…) ne marchent pas chez les enfants, car le concept « santé » est trop abstrait. Dites que c’est délicieux, coloré, croquant… Décrivez au maximum les légumes et proposez à votre enfant de faire de même – vous pouvez même en faire un jeu pour celui qui trouvera le plus d’adjectifs autour du végétal !

Faire aimer les légumes aux enfants n’est donc pas mission impossible. Les végétaux doivent figurer au menu pour contribuer à la santé optimale de votre petit. À vous de jouer !

S. Leprêtre et Yulia Stepanenkova : Nutritionnistes

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