Articles et chroniques

Chronique d’un effondrement annoncé

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Cet article est le premier article d’une série de 3 articles :

Article 1 : Chronique d’un effondrement annoncé

Article 2 : Le véganisme peut-il nous sauver de l’extinction ?

Article 3 : A quoi bon devenir végane si le monde est foutu ?

Mais que fait le monde, mes bons amis ! Les rapports alarmants d’experts s’empilent sur la table de nos décideurs politiques et rien ne bouge. Depuis 10 ans au moins, date de la sortie du documentaire « Une vérité qui dérange », présenté par l’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, nous connaissons le défi que nous devons relever collectivement : empêcher un emballement climatique.

Depuis rien ne bouge ou très peu. Le monde est trop absorbé par les soubresauts interminables d’une guerre économique que nous nous livrons au niveau mondial.

Les règles en sont très simples  : il faut toujours produire plus au moindre coût et encourager les populations solvables à consommer et s’endetter toujours plus pour maintenir une croissance dont la courbe ascendante est devenue la nouvelle idole et le seul horizon de nos existences.
Un enfant de 10 ans comprend pourtant qu’une croissance illimitée est impossible sur une planète aux ressources limitées. La logique néolibérale ne prend pas en compte le long terme.

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Elle commande de valoriser les mers, les sols, les sources, les forêts, les animaux ; tout doit devenir l’occasion de créer de la richesse rapidement sans se préoccuper des dégâts collatéraux. Les désirs des hommes sont manipulés par des armées d’experts en marketing.

Un crédo est rabâché interminablement à la radio, à la télé, sur internet  : consomme et tu vivras heureux !

J’ai voyagé en Inde, au Népal, au Pérou, au Laos et dans d’autres pays en voie de développement. J’y ai vu l’incroyable impatience des masses à accéder au niveau de vie des occidentaux. Des milliards d’humains n’aspirent qu’à une chose  : s’enrichir et pouvoir appartenir au petit club de chanceux qui ont accès à la société des loisirs et de la consommation.

Pour les plus pauvres d’entre eux, quoi de plus légitime. Mais nous savons aussi que cette envie « d’avoir » est insatiable. Ceux qui ont une moto veulent une voiture, ceux qui ont un appartement rêvent d’une villa. Après avoir bazardé son coupé sport pour une Porsche Cayenne, Charles-Edouard fantasme sur une piscine.

Nous sommes tous devenus accros, il faut bien se l’avouer et cela n’est pas près de changer car plus de 3 milliards de nouveaux humains vont venir nous rejoindre dans ce délire d’ici 2050.

L’énergie à profusion c’est fini !

Ne l’oublions pas  : le moteur de la croissance, c’est l’énergie ! La production d’énergie primaire dans le monde a plus que doublé entre 1973 et 2012. Le pétrole, le charbon, le gaz naturel comptent à eux seuls pour plus de 80 % de ces ressources.

Les conséquences sont connues, nous émettons trop de gaz à effet de serre et ça modifie le climat de la planète.

D’après le dernier rapport du GIEC (1) de 2014 qui a analysé plus de 20.000 études grâce à la collaboration de 800 chercheurs, nous nous dirigeons vers le scénario le plus cauchemardesque  : une augmentation de la température globale moyenne de 4,8 degrés pour la fin du siècle, ce qui veut dire des augmentations qui peuvent atteindre plus de 8 degrés sur les continents.

Nous sommes face à un dilemme impitoyable  : soit nous laissons 80% des énergies fossiles sous terre pour que l’augmentation des températures ne dépasse pas 2 degrés mais alors notre système économique mondialisé s’effondre et bonjour le chaos ! Soit nous cramons tout ce qu’il y a dans le sol pour encore une ou deux dizaines d’années de croissance supplémentaire mais alors, il faut sérieusement penser à aller coloniser d’autres planètes parce qu’il ne fera guère bon vivre sur notre petit caillou.

Selon James Lovelock, si le taux de Co2 dépasse 500 ppm, la plupart des surfaces émergées de la terre se transformeront en déserts ou en terres arides et seuls quelques millions de personnes pourraient survivre près des pôles. En 2013 nous avons franchi la barre des 400 ppm et ce chiffre augmente actuellement de plus ou moins 2 ppm par année.

De notre point de vue, il est plus probable que nous allons cramer toutes les énergies fossiles, en espérant un miracle technologique bien improbable. En effet, la plupart des experts en thermodynamique considèrent que les hydrocarbures sont irremplaçables si on veut maintenir le niveau de vie auquel nous tenons tant.

D’après eux, les autres sources d’énergie connues aujourd’hui ne peuvent rivaliser de près ou de loin, elles n’ont pas un taux de retour énergétique suffisant (TRE= le ratio d’énergie utilisable acquise à partir d’une source donnée d’énergie, rapportée à la quantité d’énergie dépensée pour obtenir cette énergie). De plus, elles nécessitent souvent l’extraction de minéraux qui vont également commencer à manquer.

On va avoir chaud mais surtout nous allons avoir faim et soif !

Du fait de la croissance démographique, la demande alimentaire mondiale augmentera de 70% d’ici à 2050.

Or les ressources en eau sont déjà fortement entamées par l’irrigation avec de forts impacts sur l’environnement : surexploitation des nappes phréatiques (20 millions de puits en Inde ! La Californie, la Chine sont d’ores et déjà en mauvaise posture), salinisation des sols (20 millions d’hectares affectés), artificialisation des rivières et fragilisation des zones humides, dégradation de la qualité de l’eau. Pour ne rien arranger, le réchauffement climatique devrait exacerber la situation. A noter que 70 % des quantités d’eau utilisées par les humains le sont par le secteur de l’agriculture.

Peu médiatisé mais tout aussi préoccupant, le manque de terres fertiles va aussi nous donner quelques cheveux gris. Le sol n’est qu’une couche de terre infinitésimale à l’échelle du globe. Un épiderme planétaire de 60 centimètres en moyenne. C’est le sol, et non la roche qu’il recouvre, qui fournit aux plantes les nutriments dont elles ont besoin pour vivre et ensuite nourrir l’infini cycle de la vie.

Aujourd’hui sur 5 milliards d’hectares de terres agricoles dans le monde, 3 millions connaissent une dégradation sévère chaque année, et 2 à 5 millions sont perdus par érosion. 80% des terres cultivées sont déjà considérées comme partiellement érodées et 33 % le sont fortement !

Une conséquence immédiate est que nous avons atteint une sorte de plateau de fertilité, ce qui veut dire que malgré les différentes avancées en agronomie et l’apparition de nouvelles technologies, la production agricole mondiale stagne depuis une dizaine d’années. (3)

Les Terriens disparaissent !

Nous ne sommes pas les seuls terriens sur cette boule bleue, les autres espèces peuvent aussi réclamer cette identité commune. Elles appartiennent au même système biologique planétaire, elles ont évolué pendant des millions d’années, elles partagent avec nous de nombreux gènes, par exemple 70% de nos gènes sont identiques à ceux des mouches.

Mais depuis deux siècles et les débuts de l’ère industrielle, nous sommes devenus la seule espèce capable de changer les équilibres des systèmes physiques qui déterminent les conditions de vie sur terre. On utilise le mot « anthropocène » pour caractériser ce moment de l’histoire.

Grâce à la technologie et à la découverte de réserves importantes d’énergies notre pouvoir sur le monde s’est démultiplié formidablement. Malheureusement cette maîtrise nous a donné une fausse idée de ce que nous sommes !

Tels des dieux, nous rêvions de façonner la nature à notre image, nous voulions qu’elle épouse nos désirs et répondent à nos besoins exclusifs sans considération pour nos frères animaux.

Experts de l’adaptation, nous nous sommes multipliés à l’envi, nos semblables se sont emparés de toutes les directions. Aujourd’hui, il ne reste plus guère de terres qui n’aient été colonisées et transformées pour répondre à nos appétits démesurés.

Le résultat se traduit par une extinction massive des espèces d’animaux. Les experts évaluent que ce rythme de disparition est 1000 fois plus élevé qu’en temps normal. Le rapport planète vivante 2014 (4) montre que la Terre a perdu la moitié de ses populations d’espèces sauvages en 40 ans !
Nous occupons trop d’espace !

Selon le WWF, l’empreinte écologique de l’humanité atteignait 18,1 milliards d’hectares globaux en 2010, soit 2,6 hag par personne. Le problème, c’est que cette empreinte mondiale, qui a doublé depuis les années 1960, excède de 50 % la bio capacité de la planète, c’est-à-dire sa faculté à régénérer les ressources naturelles et absorber le CO2, qui elle, s’élevait à 12 milliards de hag (1,7 hag par personne).

Au final, en 2010, l’humanité a utilisé l’équivalent d’une planète et demie pour vivre, et a donc entamé son « capital naturel ».

Ce « dépassement » qui intervient de plus en plus tôt dans l’année – est possible car nous abattons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, nous prélevons plus de poissons dans les océans qu’il n’en naît chaque année, et nous rejetons davantage de carbone dans l’atmosphère que les forêts et les océans ne peuvent en absorber.

Conséquence  :

les stocks de ressources s’appauvrissent et les déchets s’accumulent plus vite qu’ils ne peuvent être absorbés ou recyclés, comme en témoigne l’élévation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère.

Ce tableau sombre n’est pas dressé par une dizaine d’illuminés amateurs de théories du complot, il est l’état actuel de notre connaissance sur la transformation de l’environnement. Et pourtant, nous n’avons manifestement pas l’intention de changer quoi que ce soit.

Une frange instruite et marginale tente de nous faire basculer d’une civilisation de « l’avoir » vers une civilisation de « l’être ». Mais force est de constater qu’ils sont bien peu nombreux et qu’il est déjà minuit moins quart.

F.Derzelle
Agrégé en Philosophie des sciences

(1) Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade.

(2) La revanche de Gaïa  : Pourquoi la Terre riposte-t-elle et comment pouvons-nous encore sauver l’humanité ? James Lovelock, spécialiste des sciences de l’atmosphère.

(3) Sciences et Vie  : Hors Série « L’agriculture du futur » p.26

(4) Rapport Planète vivante. Ce rapport bisannuel, réalisé avec la société savante Zoological Society of London et les ONG Global Footprint Network et Water Footprint Network, et présenté à l’Unesco mardi 30 septembre, se fonde sur trois indicateurs. Le premier, l’indice planète vivante (IPV), mesure l’évolution de la biodiversité à partir du suivi de 10 380 populations (groupes d’animaux sur un territoire) appartenant à 3 038 espèces vertébrées de mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons.

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